Mes mains sentent le falafel, elles poissent, elles me dégoûtent. Mes aisselles sentent la sueur. Mes cheveux gras pèsent sur mon crâne. Ma peau me démange de l’intérieur. Mon dos ne tient pas en place. Mes fesses n’en peuvent plus d’être assises. J’aimerais être ailleurs, mais nulle part en particulier. Je voudrais fuir ce corps, m’évader par un trou de nez et partir en fumée dans l’air, me mêler aux gouttes de pluie, redescendre violemment sur le bitume, exploser en 10 000 gouttelettes, ruisseler dans un caniveau, à travers une bouche d’égoût, contourner un rat en décomposition et lécher ses flancs rêches et froids aux poils ratatinés, poursuivre dans les fissures d’une nappe phréatique, et finir ma course dans un océan, au milieu de l’immensité, diluée, éternelle, immanente.
Je lis et je relis ce que je suis censée apprendre aux étudiants. Je n’y comprends rien et pourtant c’est moi qui l’ait écrit. Mon odeur et le contact du gras sur mes mains et ma tête m’empêchent de me concentrer, sans compter l’insoutenable chaleur moite et pauvre en oxygène de cette bibliothèque. Je n’arrive pas à trouver le repos. Le contact de mes cuisses sur la chaise m’horripile, alors je me sens obligée de serrer les fesses régulièrement afin de minimiser ce contact. Les larmes me montent aux yeux aussi facilement que j’aimerais m’extraire de ce corps et de cet esprit gênants et n’être qu’une molécule insignifiante. Ce que je suis, bien sûr, une molécule insignifiante de la fractale de l’univers. Mais j’aimerais en être l’élément le plus petit, le plus unique, la forme primitive.
Je traverse la bibliothèque comme un zombie; les jambes des filles, les voix, les odeurs, les paroles, les rires, tout m'agresse. Je dévie de mon chemin pour les éviter. Je n'ose pas les regarder dans les yeux, j'ai envie de pleurer de dégoût, sur moi-même (bien sûr car je ne pense qu'à moi-même). J'ai l'impression que mon mal-être physique suinte par tous les pores de ma peau, même si je sais que j'ai l'air normale. Et que si tous ces gens ont l'air normal, eux aussi suitent probablement leur propre mal-être. Ou pas? J'arrive vers Romain, je n'en peux plus, je suis obligée de lui chuchoter, de lui demander si lui aussi rêve de prendre un couteau et de s'ouvrir la peau en deux, de haut en bas, de laisser ses organes se répandre sur le sol et de tout brûler. Il rigole en disant "non".
Fumer m’apaiserait. Mais je ne veux pas fumer. Je ne veux rien. Rien, rien désespérément rien. Ou alors, si, valdinguer toutes mes affaires par la fenêtre, et courir pieds nus sous la pluie, avec des personnes qui partageraient la même chose que moi. Je n’en peux plus des gens, de ne pas pouvoir être eux, de ne pas pouvoir contrôler leur pensée, de ne pas pouvoir m’unir spirituellement. « Je n’arrive pas à accepter l’altérité ». J’aimerais être l’Etre unique. J’aimerais que tous coulent en moi, et je pourrais ainsi me liquéfier et me répandre tranquillement. J’aimerais juste être, mais je n’y arrive pas. J’aimerais être une feuille, et tomber. Mourir est impossible, même si vivre m’emmerde. Alors j’attends patiemment la fin du monde, que j’espère ardemment pour dans quelques semaines. On mourrait tous ensemble et on vivrait enfin une expérience de communion universelle, tous les égos et tous les cerveaux seraient dissous. Le seul intérêt que je vois à ma vie est la drogue, et la douce sensation de me dissoudre enfin qu’elle procure. Avec elle, je ne vis plus, mais je suis tout simplement, je suis l’air, le son, la terre. Je peux m’allonger dans la terre et être la terre. Je peux me laisser porter par les vibrations sans avoir à me préoccuper de vivre. Comme disait ma grande amie et philosophe germanophone Marit, la musique te donne un rythme sur lequel vivre, et alors tu n’as plus qu’à te laisser porter. Entre la méditation et la drogue, mon choix est vite fait. Je veux tout, tout de suite. Je suis une consommatrice, une princesse, et un vieux torchon insignifiant à la fois.
lundi 5 novembre 2012
vendredi 19 octobre 2012
Pot pourri 2
Quand j’étais petite, je voulais sauver le monde. Je voulais sauver les
enfants qui n’avaient pas eu ma chance. Je me sentais coupable. Je
voulais prendre leur place dans les bordels de Patpong, je voulais qu’on
brûle des cigarettes sur ma peau, qu’on m’enferme dans un placard sans
rien à manger, et alors j’aurais eu le droit de me plaindre, et j’aurais
pu tirer du plaisir à ma situation de martyr. J’aurais été un enfant
lâche, un enfant qui se fait gazer sans rien dire, la petite main
tremblotante dans celle de sa mère, un enfant qui n’ose pas s’échapper,
qui mange, qui souffre et qui meurt quand on lui dit de le faire.
J’aurais été un enfant obéissant. Quand j’étais petite, j’étais heureuse
quand j’étais malheureuse, quand je poussais à bout mes parents afin
qu’ils lèvent la main sur moi, quand je racontais que j’étais orpheline,
quand je m’inventais des histoires d’inceste qui n’étaient pas les
miennes. J’étais déjà un enfant pervers. Quand j’aurais été grande,
j’aurais été médecin dans l’humanitaire, j’aurais ouvert un orphelinat
pour les petites livrées à la prostitution, j’aurais été assistante
sociale. Je lisais les témoignages d’enfants battus avec une avidité
louche, voire malsaine. Je me détestais d’être l’enfant unique et gâtée
de parents aimants et attentionnés. Je voulais souffrir, sans savoir
vraiment savoir ce que ça voulait dire, en prenant la souffrance des
autres. Je voulais être du côté des faibles et des opprimés forts dans
le cœur, tout le contraire de moi en somme. Je voulais être des leurs.
Pot-pourri
Puisque l'humeur est à la ponte, puisqu'il est vendredi soir et que
demain j'ai pas école, puisque j'ai bien mieux à faire, puisque j'ai un
problème de lobe frontal et que je veux faire comme vous, j'ai décidé
que c'était mon tour de pondre un oeuf. Pas un oeuf de poule, un bel
oeuf beige, propre et brillant. Un oeuf d'oiseau merdique, un oeuf de
pigeon ? avec la plume qui colle encore à cause du caca collé dessus, un
oeuf que personne ne voit et qu'un renard va bouffer sans y penser.
Certes, c'est étrange pour un chat, pondre un oeuf, me direz-vous. Mais
la nature est pleine de surprise.
Je ne me sens pas proche de vous. Je ne me sens ni incomprise ni supérieure ni entourée de teubés incompétents. C'est plutôt exactement l'inverse. Je ne comprends pas l'autre. Je crois l'empather, alors que je m'empâte dans des mdd grossiers qui, comme leur nom l'indique, ont pour but de me protéger de la vérité: mon auto-aveuglement de compassion n'est qu'un vernis ridicule sous le monstre palpitant de l'égocentrime extrême qui patiente en-dessous, et qui est malheureusement notre lot à tous. Je ne suis pas supérieure. Ma vie n'est qu'une vaste supercherie. Vous réussissez “par erreur”, en brillant tdahiens qui préfèrent sauter de toit en toit, racler les égoûts ou traîner dans les bars à pute le whisky dans une main et le désenchantement dans l'autre, au lieu de travailler. Et pendant ce temps, pendant que vous vous roulez dans la fange de l'ennui avec désespoir et mal de vivre, je note mes petites fiches, je fais mes exercices, je me lève à 8h et je prends ma douche, je fais ce qu'on me demande, petite fourmi servile, vaillant petit soldat du bonheur de la tâche accomplie. Je ne bois pas car ça fait grossir. Je ne fume pas car ça donne des rides. Et qui voudrait encore de moi, alors? Je fais des études brillantes et je me demande souvent comment ça serait si j'avais juste fait des études bien. Je suis capable de reproduire de la merde joliment enrobée sur des pages et des pages et ça passe comme une lettre à la poste. Je suis capable de débiter des âneries entrecoupée de blagues sur le petit Gregory à des étudiants qui mettent leur vie entre mes mains, scrutée par des regards endormis, ou, au mieux, incrédules. Je suis capable de dire merci quand on me félicite pour la énième fois pour mon sérieux, qui n'a pourtant rien du talent. A chaque fois j'ai envie de hurler “mais au secours, ça ne peut pas être ça, connard d'enculé, toi aussi tu fais semblant d'y croire quand tu me dis que c'est bien, car sinon ça serait avouer que toi aussi tu es bâti sur un château de cartes de mensonges et d'auto-illusions, aie au moins les couilles de me le dire au lieu de me mettre la main sur l'épaule”. Mais je ne partirai pas. Car on m'aime quand on croit que je travaille bien, et c'est le principal. Je ne suis pas entourée de teubés. Je suis une sorte d'ovni provocateur frustré incandescent mais aussi froid et coupant comme la glace. J'ai mis mes oeillères et je fonce tout droit, tête baissée, et je ne regarde pas qui suit, et de toute façon ça ne m'intéresse pas. Je fais semblant de faire ce qu'on me dit, et qui me soupçonnerait, moi, la gentille sérieuse sur qui on peut compter? J'aurais été un bon nazi. J'aurais surveillé les 110 000km de voies ferrées françaises jour et nuit et houspillé les 482 aiguilleurs pour qu'ils soient à leur poste à cinq heures du matin. J'aurais marché droit et loin, du moment qu'on m'aurait donné des médailles et une tape sur l'épaule. Ouais ok, nazi ça veut pas dire ça, mais au secours, osef. Mais j'aurais aussi été un mauvais nazi (comment savoir lequel des deux l'emporte?) car je n'y aurais pas cru dur comme fer. J'aurais été consciente de faire le boulot pour la médaille, j'aurais été sincèrement désolée pour tous ces enfants juifs qui mourraientt d'une asphyxie lente et douloureuse. Mais allez, après tout, comment savoir? Ne jugeons pas trop vite.
Ma vie ne part pas en couilles. J'ai un boulot, un appart, I walk the line. Je ne suis pas rock n'roll. Je fais tout à moitié. Je fume à moitié, je baise à moitié, je ne suis même qu'à moitié anorexique, à moitié pseudo-lesbienne, qu'à moitié drôle et qu'à moitié déprimée, qu' à moitié jolie. Je conduis à 138 sur l'autoroute. Même pas pour le genre. Mais parce que l'incongruité, la vanité et le néant de la prise de risque m'ennuient avant même d'y arriver. Ou alors c'est ce que j'essaie de me faire croire. Je ne suis accro à rien, ni à l'adrénaline, qui rend ses dépendants palpitants et chevaleresques de l'impossible, ni aux endorphines, qui font courir tous ces suceurs de joggeurs du dimanche, ni à la sérotonine des meufs pseudo-normales, (mais qui l'est?) qui bouffent du chocolat en cachette à trois heures du mat. Je peux me lever en plein après-midi, me planter devant un collègue-pseudo pote, et lui dire “s'il te plaît, tue-moi”, en faisant semblant au bout d'un dizième de secondes que c'est une blague, tout en gardant au fond de moi que c'est pas une blague, mais tout en sachant que si, c'en est une, car franchement qui a envie de souffrir et de crever sans savoir ce qu'il y a derrière?
Au secours, vous me dégoûtez tous avec votre mal-être poseur empathe incertain malheureux tristitude. Alors qu'on sait bien tous qu'au fond on est que des enculés égoïstes programmés pour survivre, et donc, logico-bio-médicalment, pour rabaisser et mépriser ceux qui nous sont inutiles. On est tous des connards. Mais parfois, j'ai juste du mal à l'assumer car “au secours je ne veux pas être encore eux”, mais c'est parce que j'ai pas encore voulu comprendre que je n'avais pas vraiment le choix. Même l'enfant africain qui crève de faim avec ses jouet fabriqués en bouchon de jerrican à essence balancés par les fenêtres des 4x4 rutilants des seigneurs du pétrole après qu'ils aient écrasé sa petite soeur, même lui c'est un connard. Enfin, je crois.
D'habitude je me dis que j'ai pas le droit de juger car “je n'ai pas souffert”, mes parents ne m'ont pas battue avec des fils électriques hors d'âge pour ensuite me vendre à un tenancier de bordel crasseux en faisant semblant de croire que c'était un marchand de tapis. Ca, c'est dans mon autre vie. Mais là j'ai envie de dire merde, de vous cracher à la gueule avec votre malheur, car au final on baigne tous dedans, bordel ou pas.
Allez, ce post vain n'appelle évidemment aucun commentaire, j'avais juste envie d'avoir l'impression de faire quelque chose “qui paraît sortir de l'ordinaire”, alors qu'en fait, bien sûr, il n'en sort pas. Tout a été dit, fait, pensé. Même Eratosthène en -200 c'était un bg trop balèze. Sans compter tous ceux que l'Histoire, dans son rouleau compresseur factice et injuste, ne retiendra pas.
Enfin, ne l'avais-je prédit à Brutus? “Dans deux semaines, je toucherai violemment le bas du sinus, car j'aurai terminé mes deadlines inutiles et vaines mais qui avaient le mérite de m'occuper”. Voilà, j'y suis, je ponds une bouse inutile, j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose. Rien de nouveau sous le soleil. Que la roue continue de tourner, de toute façon ce n'est pas moi qui vais y changer quelque chose.
Amen mes frères et mes soeurs.
Cot cot codec
PS: Ah si, j'ai fait quelque chose d'utile cet été. J'ai porté haut les couleurs de la poulitude en amenant ma brave équipe (de boulets) à la victoire au son “d'à-tchic à-tchic -à tchic? Cot cot cot!”
Intrinsèquement, c'est ce dont je suis la plus fière, disons ces....huit derniers mois.
Je ne me sens pas proche de vous. Je ne me sens ni incomprise ni supérieure ni entourée de teubés incompétents. C'est plutôt exactement l'inverse. Je ne comprends pas l'autre. Je crois l'empather, alors que je m'empâte dans des mdd grossiers qui, comme leur nom l'indique, ont pour but de me protéger de la vérité: mon auto-aveuglement de compassion n'est qu'un vernis ridicule sous le monstre palpitant de l'égocentrime extrême qui patiente en-dessous, et qui est malheureusement notre lot à tous. Je ne suis pas supérieure. Ma vie n'est qu'une vaste supercherie. Vous réussissez “par erreur”, en brillant tdahiens qui préfèrent sauter de toit en toit, racler les égoûts ou traîner dans les bars à pute le whisky dans une main et le désenchantement dans l'autre, au lieu de travailler. Et pendant ce temps, pendant que vous vous roulez dans la fange de l'ennui avec désespoir et mal de vivre, je note mes petites fiches, je fais mes exercices, je me lève à 8h et je prends ma douche, je fais ce qu'on me demande, petite fourmi servile, vaillant petit soldat du bonheur de la tâche accomplie. Je ne bois pas car ça fait grossir. Je ne fume pas car ça donne des rides. Et qui voudrait encore de moi, alors? Je fais des études brillantes et je me demande souvent comment ça serait si j'avais juste fait des études bien. Je suis capable de reproduire de la merde joliment enrobée sur des pages et des pages et ça passe comme une lettre à la poste. Je suis capable de débiter des âneries entrecoupée de blagues sur le petit Gregory à des étudiants qui mettent leur vie entre mes mains, scrutée par des regards endormis, ou, au mieux, incrédules. Je suis capable de dire merci quand on me félicite pour la énième fois pour mon sérieux, qui n'a pourtant rien du talent. A chaque fois j'ai envie de hurler “mais au secours, ça ne peut pas être ça, connard d'enculé, toi aussi tu fais semblant d'y croire quand tu me dis que c'est bien, car sinon ça serait avouer que toi aussi tu es bâti sur un château de cartes de mensonges et d'auto-illusions, aie au moins les couilles de me le dire au lieu de me mettre la main sur l'épaule”. Mais je ne partirai pas. Car on m'aime quand on croit que je travaille bien, et c'est le principal. Je ne suis pas entourée de teubés. Je suis une sorte d'ovni provocateur frustré incandescent mais aussi froid et coupant comme la glace. J'ai mis mes oeillères et je fonce tout droit, tête baissée, et je ne regarde pas qui suit, et de toute façon ça ne m'intéresse pas. Je fais semblant de faire ce qu'on me dit, et qui me soupçonnerait, moi, la gentille sérieuse sur qui on peut compter? J'aurais été un bon nazi. J'aurais surveillé les 110 000km de voies ferrées françaises jour et nuit et houspillé les 482 aiguilleurs pour qu'ils soient à leur poste à cinq heures du matin. J'aurais marché droit et loin, du moment qu'on m'aurait donné des médailles et une tape sur l'épaule. Ouais ok, nazi ça veut pas dire ça, mais au secours, osef. Mais j'aurais aussi été un mauvais nazi (comment savoir lequel des deux l'emporte?) car je n'y aurais pas cru dur comme fer. J'aurais été consciente de faire le boulot pour la médaille, j'aurais été sincèrement désolée pour tous ces enfants juifs qui mourraientt d'une asphyxie lente et douloureuse. Mais allez, après tout, comment savoir? Ne jugeons pas trop vite.
Ma vie ne part pas en couilles. J'ai un boulot, un appart, I walk the line. Je ne suis pas rock n'roll. Je fais tout à moitié. Je fume à moitié, je baise à moitié, je ne suis même qu'à moitié anorexique, à moitié pseudo-lesbienne, qu'à moitié drôle et qu'à moitié déprimée, qu' à moitié jolie. Je conduis à 138 sur l'autoroute. Même pas pour le genre. Mais parce que l'incongruité, la vanité et le néant de la prise de risque m'ennuient avant même d'y arriver. Ou alors c'est ce que j'essaie de me faire croire. Je ne suis accro à rien, ni à l'adrénaline, qui rend ses dépendants palpitants et chevaleresques de l'impossible, ni aux endorphines, qui font courir tous ces suceurs de joggeurs du dimanche, ni à la sérotonine des meufs pseudo-normales, (mais qui l'est?) qui bouffent du chocolat en cachette à trois heures du mat. Je peux me lever en plein après-midi, me planter devant un collègue-pseudo pote, et lui dire “s'il te plaît, tue-moi”, en faisant semblant au bout d'un dizième de secondes que c'est une blague, tout en gardant au fond de moi que c'est pas une blague, mais tout en sachant que si, c'en est une, car franchement qui a envie de souffrir et de crever sans savoir ce qu'il y a derrière?
Au secours, vous me dégoûtez tous avec votre mal-être poseur empathe incertain malheureux tristitude. Alors qu'on sait bien tous qu'au fond on est que des enculés égoïstes programmés pour survivre, et donc, logico-bio-médicalment, pour rabaisser et mépriser ceux qui nous sont inutiles. On est tous des connards. Mais parfois, j'ai juste du mal à l'assumer car “au secours je ne veux pas être encore eux”, mais c'est parce que j'ai pas encore voulu comprendre que je n'avais pas vraiment le choix. Même l'enfant africain qui crève de faim avec ses jouet fabriqués en bouchon de jerrican à essence balancés par les fenêtres des 4x4 rutilants des seigneurs du pétrole après qu'ils aient écrasé sa petite soeur, même lui c'est un connard. Enfin, je crois.
D'habitude je me dis que j'ai pas le droit de juger car “je n'ai pas souffert”, mes parents ne m'ont pas battue avec des fils électriques hors d'âge pour ensuite me vendre à un tenancier de bordel crasseux en faisant semblant de croire que c'était un marchand de tapis. Ca, c'est dans mon autre vie. Mais là j'ai envie de dire merde, de vous cracher à la gueule avec votre malheur, car au final on baigne tous dedans, bordel ou pas.
Allez, ce post vain n'appelle évidemment aucun commentaire, j'avais juste envie d'avoir l'impression de faire quelque chose “qui paraît sortir de l'ordinaire”, alors qu'en fait, bien sûr, il n'en sort pas. Tout a été dit, fait, pensé. Même Eratosthène en -200 c'était un bg trop balèze. Sans compter tous ceux que l'Histoire, dans son rouleau compresseur factice et injuste, ne retiendra pas.
Enfin, ne l'avais-je prédit à Brutus? “Dans deux semaines, je toucherai violemment le bas du sinus, car j'aurai terminé mes deadlines inutiles et vaines mais qui avaient le mérite de m'occuper”. Voilà, j'y suis, je ponds une bouse inutile, j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose. Rien de nouveau sous le soleil. Que la roue continue de tourner, de toute façon ce n'est pas moi qui vais y changer quelque chose.
Amen mes frères et mes soeurs.
Cot cot codec
PS: Ah si, j'ai fait quelque chose d'utile cet été. J'ai porté haut les couleurs de la poulitude en amenant ma brave équipe (de boulets) à la victoire au son “d'à-tchic à-tchic -à tchic? Cot cot cot!”
Intrinsèquement, c'est ce dont je suis la plus fière, disons ces....huit derniers mois.
jeudi 19 juillet 2012
Anne-Claire
Je décide d’aller passer quelques jours à Prague, histoire de visiter. Je n’ai vu du pays jusqu’à présent que ses joyaux de province. J’ai réussi à ne voir de Prague que l’aéroport et le métro. Ariane m’a donné le numéro de sa copine Anne-Claire. Je décide de l’appeler, « pour voir », « pour tâter le terrain ». D’accord pour m’héberger. Anne-Claire, à la fois coiffeuse, artiste et étudiante en lettres-esthétique de la vague, vit toujours dans un flou bordélique permanent qui n’est pas sans charme. Je me retrouve à attendre dans un café pouilleux de Letna, avec ses copines expatriées, qu’elle rende sa chambre présentable. « Anne-Claire est très pudique avec ses affaires personnelles », « c’est normal elle est Scorpion », pensai-je. Anne-Claire est en train de couper les cheveux d’une amie, nous allons dormir dans le même lit. Elle demande, catastrophée, si quelqu’un n’aurait pas un peigne ou une brosse, c’est plus pratique pour couper des cheveux effectivement. Et là je sors le fameux peigne vert de mon sac. Celui que j’ai perdu depuis. Nos regards se croisent. « C’est parfait, c’est exactement ça ! » dit-elle sans vraiment oser y croire. Une amitié est née grâce à un peigne, grâce à un coup de téléphone, grâce à la lenteur du mois d'août en Bohême du sud. Et le lendemain nous courrons après un bus improbable dans le dédale des grands immeubles gris sur les hauteurs de Prague. « Dépêche-toi ! » elle me crie sans se retourner, « Qu’est-ce qu’il se passe ? » je ne cromprends rien. Et on a couru. Et là české Budějovice prend tout son sens.
Ceske Budejovice 3
Notre coordinatrice a du mal à me blairer, même si elle se force car «c’est quelqu’un de bien » et « elle se doit d’aimer tous les volontaires, après tout s’ils là, c’est qu’ils ont un bon fond » (mes propres conjectures). Elle nous répartit en petits groupes pour chaque tâche ; problème, j’ai envie de tout essayer. Je tonds la moitié de la pelouse, vais aider un peu machine au ciment, puis un peu bidule au crépi, je vaque, je reviens tondre un quart de pelouse. Je vois bien qu’elle bout et me lance des regards noirs, et je me demande juste quand elle va craquer. J’ai rarement ressenti véritablement l’hostilité de quelqu’un vis-à-vis de moi, au contraire d’une indifférence banale. Ca fait tout drôle de voir que l’on peut provoquer un sentiment aussi fort chez quelqu’un, c’est perturbant, touchant et presque beau. Enfin, c’est ce que j’aurais pensé si elle ne m’avait tellement insupportée, à non seulement être laide, mais en plus mauvaise et pas très très fut (ce qui fait de moi une langue de pute tout à fait assumée. A-t-on le droit d'insulter une scoute qui aide les autistes? J'ai presque l'impression de faire une blague nazie en ne l'aimant pas). Quand elle explose enfin (« il faut rester à la tâche assignée !!!! ») je suis presque soulagée et je lui obéis mollement, entre pitié et paresse pour discuter.
Enfin arrive la fin du séjour, la fin de l’ennui, du crépi et du français. A quoi aura servi ce séjour ? A rien, j’en suis intimement persuadée, en tout cas rien d’utile pour cette communauté de branleurs aussi humains que la moyenne, ni gentils, ni méchants, qui rêvent de se créer une vie meilleure ayant un but. Parfois, on ne comprend que plus tard.
Ceske Budejovice 2
Notre boulot consiste à aider « le chef », un polonais dragueur toujours torse nu, marié à l’une des femmes de la communauté mais couchant officiellement avec une autre. Bonjour l’ambiance. Nous enlevons du crépi des murs, creusons des trous, tondons la pelouse, cimentons un sol. Quelques jours plus tard, une toute jeune polonaise arrive, elle est visiblement anorexique et a un peu de moustache. Elle est venue de Varsovie pour sculpter une statue de Bouddha en terre glaise, aidée par « le chef ». Chaque matin, elle arrose la statue pour la rendre malléable. Jour après jour, on voit le Bouddha assis prendre forme, pendant que nous grattons inlassablement le crépi. Je suis habillée un sac avec un tee-shirt vert bouteille d'une marque de bière emprunté parmi les plus moches t-shirts d'André, et je gratte du crépi pour des pseudos-bouddhistes infidèles qui mangent du saucisson mais ne tuent pas les moustiques. Je me demande vraiment ce que je fous là, et ce que la polonaise fout là à sculpter Bouddha dans un pays étranger. Elle parle un peu français et me prend en affection.
Parfois, l’après-midi, nous avons le droit d’aller nous baigner au lac voisin, typiquement tchèque, avec des petites cabanes en bois tout autour qui rejettent directement leurs déchets dans le lac, des pêcheurs, des sentiers douteux avec des digitales et des mouches, une chaleur poisseuse qui colle à la peau et se mêle aux effluves des barbecues, l’atmosphère étouffante d’un pays qui ne connaît pas la mer et meurt d’ennui dans la chaleur du mois d’août. La même atmosphère qu’en Hongrie, les lacs de carrière, les champs de blés, bordés de plants de marijuana sauvages et paraît-il infertiles, qu’en Moravie avec les piscines délabrés à l’eau verdâtre et aux festivales de tuning. La même atmosphère du temps qui s’est arrêté, figé dans la chaleur et la nostalgie, et qu’on ne peut faire avancer qu’à grandes gorgées de bière. L’atmosphère du fromage pané, des barres chocolatées Tátránky, du cochon qui grille, des enfants en short et des hommes en sandales, des Lada pétaradantes diffusant de la techno bon marché à plein volume, des grandes herbes qui sont à peine agitées par la brise de la nuit tombante.
Ceske Budejovice 1
Aller de Brno a české Budějovice n’est pas une mince affaire, traverser le pays par un axe qui n’existe pas. Je viens de passer six semaines à apprendre le tchèque à Brno, en plein été, dans cette ville de province endormie, à imaginer comment je vais repeindre les murs de la chambre à Schodová, à regarder André finir son mémoire de licence, à apprendre des déclinaisons par cœur et à manger des sandwichs Krokodýl. J’ai envie d’aventure. Alors je me suis inscrite à un camp de volontaires pour retaper une ferme de bouddhistes dans la campagne de Bohême du sud. Je commence par mettre en pratique mes notions de grammaire. české Budějovice c’est du pluriel (« les ? tchèques »). On ne dit donc pas « Je vais à české Budějovice », mais « Je vais à českých Budějovic » (soit [tchèssekirrr (jota espagnol) boudiéllovitz]), et rien que ça, c’est un petit voyage. J’aurais pu choisir les ruines de château en Slovaquie, mais j’ai décidé que c’était trop loin. Et voilà comment je me retrouve à la gare routière au petit matin, derrière une file immense de gens qui attendent avec des sacs tatis remplis de choses non identifiées. Lorsque je réalise qu’ils attendent tous pour le même bus, et surtout quand je vois la gueule du bus, je manque de défaillir. André n’a pas l’air étonné, il me pousse gentiment dedans et vire une vieille pour que je puisse m’asseoir (enfin, dans l’idée). Le bus doit bien avoir 30 ans, les compartiments à bagages au-dessus de nos têtes sont des filets. Il y a 50 personnes assises et à peu près le double entassé debout, il fait 35 degrés, et je ne sais pas où l’on va, mais on y va. Est-ce vraiment l’Union Européenne ? L’espace Schenghen ? Ca me rappelle la Roumanie, mais au moins la Roumanie assume son côté arriéré. La Tchéquie, elle, nous fait croire au train à grande vitesse et aux autoroutes flambant neuves, alors que nous nous retrouvons tout de même en 2009 dans un combi Volkswagen agrandi cahotant sur les routes de campagne , liaison la plus rapide entre deux métropoles régionales. Est-ce bien sérieux, tout cela ? La plupart des gens descendent dans un bled non-identifié (je ne peux rien voir et c’est terriblement frustrant de ne pas savoir pourquoi ils descendent ici et pas ailleurs), et l’autre moitié à Jihlava. 250km et quatre heures plus tard, me voilà débarquée à destination, bien décidée à pratiquer le tchèque de façon assidue avec les autres volontaires. Sauf qu’une fois de plus j’ai omis de réfléchir: ce sont des volontaires par définition internationaux. Et manque de pot, ce sont quatre filles, dont trois francophones, et une sympathique coréenne qui passera son temps à sourire et à ne rien comprendre. Notre coordinatrice est tchèque, mais bien sûr refuse de parler tchèque avec moi, car « ce ne serait pas juste que les autres ne comprennent pas ». Elle a une tête à avoir fait du scoutisme et du bénévolat auprès d’enfants autistes. Je décide de lui accorder une seconde chance. Nous voilà partis une fois de plus en bus, vers un trou de cul de la campagne tchesquéboudiéllovitzienne. Il y a deux bus par jour, l’un qui va en ville, l’autre qui en revient. Impossible de fuir, pense-je immédiatement. Le piège se referme. Faire du stop ? Je jette un coup d’œil à mes camarades et décide d’abandonner cette piste. La ferme est déjà assez bien rénovée, et habitée par une communautée de néo-hippies adorant un gourou d’une branche dissidente du bouddhisme classique : Lama Ole, un danois marié à une barbie, qui ont orientalisé les principes du bouddhisme pour le vendre aux occidentaux. Il y a une photo de Lama Ole sur la porte du frigo, il pose sur une Harley, casque à la main, cheveux blonds en brosse, sourire dentu. Je déglutis. Nous dormirons dans une pièce non meublée, à côté de la salle de prières. Infestée de moustiques, je me badigeonne chaque soir de produit qui pue, ça fait râler tout le monde, mais je n’en ai rien à foutre. Le « chef » m’interdit de tuer les moustiques car ils pourraient être la réincarnation de ma grand-mère. Il est sérieux. Je l’emmerde et sors prendre l’air. Devant notre porte, un chat est en train de dévorer une souris. Trois crics et un croc, il ne reste rien. Je me prends d’affection pour lui.
Inscription à :
Articles (Atom)
