mardi 28 juin 2011

Couch Surfing part 1

L’année dernière au mois de mai, j’ai sauté dans un train pour assister à un workshop sur la télépathie avec les animaux dans la banlieue de York, comme ça me prend de temps en temps. Ce fut ma première expérience de Couchsurfing. Je rencontre Siobhan vers 21h à la sortie du cinéma où elle travaille, elle m’avait tout de suite bien plu car elle avait un piercing au menton. Elle me propose d’aller boire une bière avec ses collègues, puis on prend le bus pour rentrer chez elle et son copain. Une petite maison dans la banlieue de York, typiquement anglaise, en brique. Il y a plein d’escargots dans la rue, comme c’est souvent le cas en Angleterre, allez savoir pourquoi. Elle a 24 ans, il en a 26, ils ont deux chats, et ils ont acheté ensemble cette maison. Je suis assez impressionnée, ça veut dire qu’ils savent qu’ils vont rester ensemble toute leur vie, c’est beau l’amour. Remarquez, il est Capricorne et elle est Scorpion, généralement c’est solide, l’un s’accroche avec ses cornes, l’autre avec ses pinces. Siobhan me regarde d’un air gêné, « tu sais, je t’avais dit une nuit seulement, mais tu peux aussi rester demain si tu veux ». Ils ont déjà accueilli deux Coréennes pendant trois jours, ils doivent en avoir marre, je suis touchée. Elle a dû être rassurée par ma cuculterie. Le copain me demande timidement s’il peut fumer, bien sûr pas de problème, et là il sort un beau sac d’herbe. Et au fur et à mesure, on se retrouve à regarder ce film au nom imprononçable avec des Q et des A dedans, des images sensée faire réfléchir et de la musique classique en fond, et à parler du sens de la vie, de la mort, et de l’acide. Ca me met dans l’ambiance pour le workshop à suivre. D’ailleurs ils insisteront pour en savoir plus le lendemain soir, autour d’une chope de bière, dans un lieu improbable : un bar tchèque de la vieille ville de York qui sert de la Bernard Pivo à la pression (ce n’est pas une blague). Un ou deux mois plus tard, Siobhan et son copain se sont séparés.

The Gym

Ici comme ailleurs, on retrouve les mêmes habitudes. Aller à l’autre bout du monde ne change pas grand-chose. Les premiers jours sont difficiles, on ne sait plus où on est, les bruits sont différents, les voitures roulent dans le mauvais sens. Alors on se raccroche à quelque chose de familier. Sans surprise, je me suis accrochée tout de suite au fitness center. C’est comme entrer dans un gymnase, ou même dans une église. Une certaine odeur, au fond toujours la même. Les machines, les cours d’aérobic dans une salle climatisée, les compteurs de calories et les filles blondes en mini-short. C’est tellement rassurant de savoir que, où que l’on aille, on va retrouver la même chose. Bon bien sûr, ce n’est pas valable partout. Ca me rappelle Canterbury, un été passé à aller à la gym tous les jours à la même heure, à croiser Paul, à regarder les canards par la vitre. Je ne suis pas encore à mon aise à Adelaïde, mais je sais déjà que ça me manquera, même si je n’en suis pas particulièrement fière.

J’ai bien dû faire rire la fille à l’accueil. Elle a une tête d’Anglaise, à moitié blonde à moitié rousse. D’une manière générale, les Australiens sont à part, mi-Anglais, mi-Américains, mi-Germaniques dans l’amour du vélo et du casque (oui je sais je ne suis pas bonne en maths). Elle me regarde venir la première fois, le premier jour d’ailleurs, avant d’aller dans le Napier building où se trouve le bureau que l’on m’a gracieusement prêté pour me branler pendant un mois. Elle ne dit rien, me laisse faire, prendre les horaires, inspecter d’un air curieux, et humer l’air ambiant. Je reviens en fin de journée. « Ah vous êtes revenue ! » Rien de plus. Ca me fait plaisir qu’elle m’ait reconnue, alors rien que pour ça je m’inscris. Si c’est une technique de marketing, elle est efficace. Je m’inscris et je m’en vais.

Je reviens trois jours plus tard, toute excitée à l’idée de tester le cours de Pilates du cru. J’arrive forcément un peu en retard, l’air perdu, mes baskets à la main, ma bouteille d’eau sous le bras, et mon sac à dos à fleurs à moitié cassé avec le câble de batterie de l’ordinateur qui dépasse. Une autre fille m’accueille, à côté de l’ « Anglaise ». Elle me demande de sortir ma carte de membre et trois dollars, évidemment je ne la trouve pas et toutes mes affaires tombent, un beau tableau. L’Anglaise rigole, « C’est bon elle est membre ». Les deux filles m’expliquent la marche à suivre, et j’essaie en vain de franchir le portillon en passant par la droite. Déjà à la bibliothèque j’ai tenté plusieurs fois de rentrer par la sortie, faut dire que tout est à l’envers ici. Je mets en route le vélo elliptique, le compteur commence à tourner, et tout de suite je me sens comme chez moi.

dimanche 26 juin 2011

Chroniques australiennes 2

J’ai voulu faire ma maligne en faisant une thèse sur l’Australie, alors maintenant il faut assumer. Je suis hébergée dans un bâtiment de l’université d’Adelaïde : une grande maison très froide à l’écart du centre-ville, qui doit bien pouvoir accueillir 10 personnes, mais bon « là vous avez pas de chance, vous serez toute seule pendant 15 jours ». J’ai bien choisi ma période, c’est l’intersemestre. Et sans internet bien sûr. Je cours donc acheter une clé 3G qui, même si elle me permet de regarder la météo, me condamne à dire adieu aux vidéos Youtube sur des chatons prenant des bains qui mangeraient mon forfait en deux minutes. Je décide donc d’aller faire un tour dans les rues animées de North Adelaide. A 17h il fait nuit noire, comme à Duke, comme à Canterbury en hiver, mais je n’y suis toujours pas habituée. Et l’éclairage public est en option dans la plupart des rues. Bon c’est pas grave, je devrais être guidée par les bruits des chopes de bière qui tintent, des éclats de rire et des rediffusions de matchs de rugby. Le hasard fait bien les choses, le Petit Futé m’apprend que j’habite à proximité de deux rues fameuses pour leurs soirées animées : O’Connell Street et Melbourne Street. Je me délecte à l’idée de bars enfumés et de beaux surfeurs que je vais pouvoir charmer avec mon frrrench accente. Je vérifie trois fois le nom ma carte, oui oui c’est bien là. On se croirait à Clermont-Ferrand un samedi soir d’avril (cf. les championnats de France 2000 et le seul restaurant d’ouvert qui était un kebab). Ils n’ont pas de pub dans ce pays ? A force de vouloir se la jouer chic et européen avec des fine dining restaurants tous les 10 mètres, il n’y a plus que ça. Je rentre déçue la queue entre les jambes manger des tartines au ketchup et aux brocolis (j’exagère, ça s’était en Angleterre avec Claire, mais presque), et regarder des films d’auteur (LOL notamment). Ma solitude fait pâle figure à côté des déboires des ados d’aujourd’hui.

Chroniques australiennes 1

Les Australiens sont obsédés par l’idée que l’on pourrait introduire des parasites chez eux. Ils ont dû être vaccinés avec ces histoires de lapins et de dingos qui ont ravagé la faune locale, et les ont conduit à construire des murs de plusieurs milliers de kilomètres de long au beau milieu du désert. Résultat, interdiction de ramener sur leur sol pur quelque nourriture que ce soit, même celle de l’avion. Des panneaux très sérieux dans l’aéroport avertissent les trafiquants de mouches à fruits des ennuis judiciaires auxquels ils s’exposent. Avant d’atterrir, on remplit un questionnaire très sérieux nous demandant si l’on amène des charcuteries et autres saucisses fabriquées à domicile. Ils ont même mis au point un « unauthorized goods detection device » très perfectionné : une chienne renifleuse. Evidemment, à la vue de mon passeport français, j’ai droit à la chienne, et à un officier qui me regarde droit dans les yeux et me demande avec insistance et un fort accent indien : « camemberte ? foie gouas ? pâtéé ? saucisse ? ». C’est plus fort que moi, je rigole (la fatigue sans doute), et là je comprends mon erreur. Direct à la chienne ! Mais la chienne s’en fout que je rigole et me laisse partir car j’avais tellement faim à Singapour que j’ai fini en douce dans la salle d’embarquement mon pâté au camembert et mes klougs roulés à la main sous les aisselles.

Le Grand Départ

On m’avait dit que tout allait bien se passer. L’hypnotiseuse m’a persuadée que tout allait bien se passer. Et voilà, incident technique, panne du circuit d’eau (là je comprends circuit de refroidissement, moteur en surchauffe, réacteur qui va au choix exploser, s’enflammer ou tout simplement se désintégrer, nous entraînant dans une chute mortelle et sans fin –oui, c’est une oxymore, mais c’est ce qui fait l’horreur de la situation). Bon et bien au final tout s’est bien passé, 15h30 d’avion où je n’ai fait que dormir ou bien parler avec ma voisine polonaise qui malheureusement ne parlait pas tchèque, personne n’est parfait. J’avais fait exprès de choisir une escale à Singapour pour profiter du soit-disant plus bel aéroport du monde, mais à cause du circuit d’eau et du retard, pas le temps de faire du shopping, immense déception. On rempile directement avec 6h30 vers l’Australie, et paraît-il qu’un nuage de cendres pourrait bien nous empêcher de partir. Puis on part. (Nuage de cendres, on part quand même, réacteurs embourbés dans la poussière, perte de vitesse, chute mortelle et sans fin, bis). Point de cendres mais des sièges bien confortables, et en prime un typhon tropical au-dessus de la Papouasie. Oui car évidemment, pendant tout le vol, je choisis la chaîne « flight information and maps » sur mon écran, et l’orage survint en vue de Port Moresby. Ceux qui suivent remarqueront finement qu’un vol Singapour-Adelaïde passant par Port Moresby serait étrangement allongé, mais il m’arrive de prendre quelques libertés avec la géographie. Nous sommes dans un A330, fortes intempéries, sondes de vitesse défaillantes, vents cisaillants, carte interactive qui se met en « informations indisponibles pour le moment », décrochage de l’appareil, chute mortelle et sans fin, ter. Mais cette fois j’ai mis des boules quiès, un masque, et je sers fort mon doudou (enfin, l’oreiller) contre moi, et ça marche.

lundi 31 janvier 2011

De retour à Paris

Paris-Lyon-Durham-Brno-Canterbury-Paris-Olomouc-Paris. La boucle est bouclée, je suis revenue à mon point de départ, et rien n'a vraiment changé. Lola n'est plus là. Quel que soit le pays dans lequel je vis, mes journées se résument à peu près à la même chose, sauf que là je me suis installée un hamac, j'ai upgradé. J'ai amélioré la technique de Rob: fumer un peu et l'on se concentre à nouveau sur son travail. Je fume tout, je ne travaille pas, et je m'en fous. Je ne sais pas si l'on peut parler d'amélioration, ni même si l'on peut dire que je suis l'instigatrice de ce style de vie révolutionnaire , mais en tout cas, ça semble convenir à Zadig. A nouveau depuis deux-trois ans, j'ai un peu d'argent. Je ne sais pas ce que je suis censée en faire, alors comme Penny j'achète des chaussures sur internet.
En choisissant cet appartement, j'avais peur du vis-à-vis avec le hlm d'en-face. Finalement, mon exhibitionnisme s'en accommode très bien, et j'ai presque l'impression de ne pas être seule. Il y a ces moments comme ça où l'on repense à ce qui nous avais mis en garde dès le début. Sans étonnement, je repense aux tarots. "Vous êtes solitaires mais ne supportez pas la solitude". "Vous le regretterez si vous le quitter mais la vie avec lui ne vous plaira pas". "Tu feras les mauvais choix, et non tu ne t'en rendras pas compte à temps". En même temps, c'est ça le destin, on ne peut rien y faire! Comme c'est reposant. Le retour a un sens que je ne comprends pas encore pour l'instant et que je ne peux pas changer.

La dame de pipi de Waffenheim

Il existe deux inconvénients majeurs au voyage en bus. Premièrement, on a mal aux fesses. Deuxièmement, on s'arrête toujours à Waffenheim. Il est généralement aux alentours de quatre heures du matin, l'heure à laquelle on réussit à s'endormir un peu, entre les éclats de voix de Dirty Dancing (en tchèque), et les walkman des voisins. On se laisse bercer par un trajet sans fin, sans but,où seul le voyage compte. On va tout droit, très vite, parfois ça tangue dans les virages, mais on se dit peu importe, c'est sans importance, dans cet état de somnolence, on pourrait voyager comme ça des jours et des jours. Je ne sais pas si Waffenheim existe, si on peut le trouver sur google., mais il est bien là. Le bus s'arrête, au moment où l'on aimerait tellement que ça ne s'arrête jamais. Les lumière s'allument. Vous avez quinze minutes de pause, et le moment de grâce espéré pendant les sept premières heures du voyage s'envole. Certains préfèrent faire semblant sans ouvrir les yeux; mais ce n'est pas mon cas, il est temps d'affronter Waffenheim.
Je garde un très mauvais souvenir des toilettes du bus. Elles sont souvent propres, là n'est pas le problème. Une fois de plus où j'étais malade, j'ai voulu boire; j'ai vu, trop tard, que l'eau n'était pas potable. Rien que pour ça je descends du bus.
C'est une grande aire de repos à l'allemande, propre, trop éclairée, des victuailles plein la vue, j'ose pas chercher Bravo de peur qu'ils repartent sans moi. Je me dirige comme un automate vers les toilettes, comme les autres, aveuglés après avoir passé quelques heures dans la pénombre du bus. Et là elle se dresse. Je dis elle, mais c'est plus la représentation d'une figure universelle, pas forcément maléfique, la représentation personnifiée d'un obstacle qu'il va falloir franchir pour continuer. C'est à ce moment-là qu'on fouille frénétiquement dans ses poches à la recherche d'une pièce. C'est à ce moment-là qu'on ne sait plus quelle langue il faut parler, qu'on lance à tout hasard dobry den car on ne sait plus quel jour on est, quelle heure il est, qu'est-ce qu'on est venu chercher ici. Nein, fait-elle de la tête, sans que l'on sache à quoi elle fait référence: la langue qui n'est pas la bonne, la monnaie qui n'est pas la bonne, ma gueule qui n'est pas la bonne, le temps qu'il fait. Kein Pippi, je pense. Tout le monde semble passer sans encombre, et moi comme un saumon arrêté à un barrage stupide, je ne sais pas quoi faire, alors j'attends, et j'ai l'impression que c'est un peu à ça que se résume ma vie. Et puis il est temps de remonter dans le bus, pour les heures les plus longues.