mardi 23 mars 2010

La gym

Je me suis remise à la gym. La vraie, pas "the gym" telle qu'on désigne habituellement la salle pleine de machines barbares et qui sent la testostérone. Je n'avais jamais oublié la gym, mais cette fois je sens l'excitation qui revient.
A Brno, "moderni gymnastika", gymnastique moderne, c'est ainsi qu'ils parlent de la GRS. Ceci dit, mon bref séjour dans le club local m'avait plutôt refroidie. Tout sauf moderne, le gymnase est en bois, style communiste, avec des vieux tapis roulés et déroulés chaque jour. On fait les grands écarts sur le parquet. Deux filles d'une douzaine d'années semblent plus fortes que les autres, elles sont à part, font l'objet de plus d'attention. Les deux répètent le même mouvement, une souplesse arrière départ assis et arrivée en arabesque. Une brune, une blonde. La blonde est squelettique et réussit parfaitement son mouvement, dans le plus pur style russe, sous les éloges de l'entraîneur, une vieille ancienne prof de danse classique et qui aime bien hurler ses ordres, d'ailleurs je fantasmais sur son prétendu accent russe (mais j'ai découvert sur le tard qu'elle avait un bon fond, peut-être). La brune peine, se fait hurler dessus "non mais tu vois bien que tu es pas à l'écart, là! c'est quoi, ça?", elle a des protège-genoux, la semaine d'après un protège-dos, elle a pas l'air de beaucoup s'amuser, mais elle s'accroche. De mon côté, j'essaie pénible de faire descendre mes écarts les pieds sur un vieux tapis roulé dans un coin, je dois pas avoir l'air de beaucoup m'amuser, mais je m'accroche (pas longtemps). J'ai envie d'aller voir la petite brune et de lui dire qu'on les emmerde, les Russes blondes squelettiques qui arrivent à toucher leurs fesses avec la tête, mais mon tchèque risquerait de trahir ma pensée.

Canterbury, des sweat-shirt avec au dos "UKC Gymnastics Team". oh my goodness! Je fonce, j'ai peur d'avoir l'air ridicule, mais coup de pot, ce sont presque tous des débutants! A. est la présidente du club, grande, forte (euphémisme pour dire: elle ressemble à une Anglaise), et aime bien donner des ordres en criant (c'est une manie). Elle connaît rien à la gym mais s'est faite élire en novembre sur la base du démagogisme (mais j'ai découvert sur le tard qu'elle avait un bon fond, peut-être). Samedi prochain elle a mis en place une "Interhouse Competition", un nom bien pompeux pour dire que 3-4 d'entre nous feront un enchaînement pourri devant nos amis les plus dévoués. Mais c'est là que c'est génial. Avec L. ma nouvelle amie (j'ai court-circuité le Social Project), on réserve un bout de gymnase plusieurs fois par semaine pour répéter notre choré. Ca m'avait manqué. Je réalise que si j'ai voulu faire une thèse, finalement c'est parce que c'est la solution la plus simple et continuer ma routine école goûter gym, ou ce qui s'en rapprocherait le plus. Dans un élan d'enthousiasme, je prépare mon grand retour pour l'année prochaine à Paris, et je google mon ancienne "copine de la gym" (catégorie tout à fait particulière), AL. Premier résultat, elle pose en sous-vêtements sur un site de casting en mode chagasse et continue à faire de la gym, le retour sera peut-être plus difficile que prévu.

lundi 1 mars 2010

La raclette et autres frivolités

Samedi dernier a eu lieu dans "ma" cuisine une soirée raclettes. Ce n'est pas ma cuisine ni ma raclette, soyons clairs tout de suite. C'est juste la cuisine que j'utilise à Woolf College, car la mienne dans le Hood est pour le moins rebutante. Je n'ai pas encore osé allumé le four à gaz avec la flamme qui vient lécher le plat. Ni le grill à gaz. De toute façon mon seul créneau pour cuisiner serait 02h00-08h00 du matin, donc ce n'est pas terrible pour organiser une soirée raclettes, surtout que je n'ai que 2 chaises. Et faire la raclette dans ma chambre qui sent déjà pas la rose, cette option est restée en suspens. De toute façon, je le redis, ce n'est pas moi qui ai organisé cette soirée raclette, c'est M. Pourquoi ne pas mettre son vrai prénom? C'est totalement stupide car si elle lisait cet article elle se reconnaîtrait forcément. Je précise que ce n'est PAS Marie et qu'elle ne lui ressemble pas (n'est-ce pas Ariane). M. est française, enfin, à moitié. Et en bonne française elle a chez elle un appareil à raclette antédiluvien et une barquette d'assortiments de fromage à raclette. Après la galette des rois dégelée de la semaine dernière (ça c'était moi), les habitants de l'appartement B3 ont décidément droit a un tour de France gastronomique. Il manque une coupelle, perdue quelque part dans l'appartement de Sueli et Amanda, dont j'ai déjà parlé. Oui là j'écris leur prénom car je m'en fous. Selon M., la raclette organisée chez elles a tourné à la discussion sur l'apport calorique d'un tel repas pendant au moins 40 mn (probablement le temps nécessaire pour effectuer tant d'opérations). Cependant, l'apport calorique apporté par l'alcool a été oublié dans cette discussion, grave erreur méthodologique, mais parfois il est mieux de vivre dans l'ignorance.
Jusqu'à quel point? Amanda adore changer ses status facebook, et la dernière fois je tombe sur "I just learnt about the Irish potato famine, sorry for the Irish people!" ce qui a de quoi laisser songeur. Il faut dire que dans les écoles anglaises, on ne leur dit pas tout, à savoir que les Anglais ont leur rôle dans cette affaire. On leur dit juste que ces pauvres Irlandais étaient trop nombreux et trop cons pour cultiver la patate de façon durable (en gros). Je ne déteste pas Amanda, elle est juste la source d'un amusement infini (tant mieux car c'est la seule à être drôle...via facebook car elle ne me parle pas).
Après la raclette, M., Anja et sa copine se préparent pour aller au Venue, et moi aussi. Je me prépare psychologiquement car j'ai trop mangé. J'ai envie de fumer un joint mais je n'en ai pas, forcément. Alors je fume une cigarette (oui, ça m'arrive quand j'ai trop mangé. L'autre soir, A. a rigolé en disant que j'étais la fille hippie de mes parents -sans ironie. Je me suis demandée un bon moment qu'est-ce qui pourrait faire croire à quelqu'un que je sois une fille dévergondée alors qu'en réalité je suis très coincée. Cette question est restée sans réponse à ce jour). La nicotine me fait encore plus d'effet que l'herbe, après deux taffes je me sens aspirée par le mur et je suis complètement stoned, le seul moment un peu agréable de cette soirée en fait.
M. et Ajna mettent leurs faux cils (et leurs faux ongles?). Depuis cette grande découverte -les filles mettent des faux cils, je me suis rendue compte qu'à peu près 60% des filles présentent au Venue portent des faux cils, beurk. En les enlevant, j'aurais trop peur de m'épiler les yeux.
Anja porte de magnifiques faux cils verts qui ressemblent à des papillons. C'est l'Anglaise la plus sympa ici, elle me laisse toujours emprunter son couteau Ikea. Elle me propose de la meph, "elle en a des tonnes, alors vraiment je dois pas hésiter à lui en demander, même si elle ne sort pas", mais je refuse car il est déjà minuit et que j'ai prévu de dormir avant 6h. Résultat, soirée de merde. La raclette dans mon estomac empêche l'alcool d'être absorbé, et le Venue dans un état de non-intoxication est vraiment chiant, du fait de sa programmation musicale particulièrement pénible: de la mauvaise pop anglaise, disons l'équivalent de Lorie en anglais. C'est une soirée à thème "Walt Disney", la moitié des filles sont déguisées en Minnie avec des mini robes de soubrettes, des grandes oreilles et des fausses moustaches, passionant, même les cuissses des filles je ne les regarde plus. Par contre un chinois est déguisée en poupée gonflable géante, ce que je trouve assez cocasse.
En sortant, il pleut. C'est la tempête en France. Je rentre au hood, Rob ne dort pas. Mes colocs non plus (dommage, j'aurais pu les réveiller en claquant la porte).

vendredi 29 janvier 2010

The Social Project

Il faut se rendre à l'évidence, mes tentatives de socialisation ont jusqu'à présent plus ou moins lamentablement échoué. Je me retrouve à traîner avec des gens qui soit 1) sont totalement indifférents à ma présence soit 2) me dénigrent ouvertement soit 3) c'est l'inverse et je les dénigre.
Soit bon, bilan pas glorieux. Devant une telle situation, une réaction s'impose, c'est la nouvelle année et j'ai décide d'entamer une stratégie d'intégration qui devrait porter ses fruits et porte sur une technique simple et de bon goût: la simulation. Cette stratégie est basée sur le principe que l'appétit vient en mangeant. En faisant donc comme si j'étais une fille anglaise normale et bourrée (je mets l'aspect "à moitié nue" de côté pour l'instant), rire aux blagues même quand je comprend rien et essayer de parler même quand j'ai rien à dire (c'est-à-dire souvent).
Ce soir, mise en application de la stratégie. Manque de bol, personne que j'apprécie n'a envie de sortir en ville, dans le pub où mes cibles se rendent.
Non, pensons positif, au contraire! En étant toute seule le challenge n'en sera que plus intense. Je cours donc sous la pluie pour arriver devant un pub bondé et gardé par des videurs qui m'empêchent de rentrer (mais cette fois pas pour une histoire de carte d'identité supposée falsifiée). Devant mon insistance ou mon air pitoyable sous la pluie, le videur finit par me pousser dedans. Hahaha, je prends un verre au bar, ce n'est pas ce que j'avais commandé, c'est pas grave, hahaha, qu'est-ce qu'on s'amuse, c'est ça ma nouvelle vie maintenant.
Ca marche plutôt bien. Maria s'enquiert de me parler de son "mec" (un beauf bedonnant qui porte des chemises roses et bave dessus, et qui n'a pas encore divorcé de sa femme..Ah non j'ai pas réfléchi à ça: est-ce que le Social Project inclut que l'on puisse dire du mal des gens?)j'écoute attentivement pendant une vingtaine de minutes. Elle s'arrête tout d'un coup et me regarde, et là je sens qu'il va se passer quelque chose d'important.
-"Anne-Laure, qu'est-ce que tu fais jeudi prochain?"
- ...
- "Haaa tu es libre, trop cool! (là je retiens mon souffle) Avec Amanda et Sueli on va se faire dépister les maladies vénériennes, tu veux venir? And then we will get drunk in K-Bar, to forget someone just looked in our vaginas!"

Je sens que je tiens le bon bout.

vendredi 18 décembre 2009

Room 11

En travaux...

Moustic nous avoue qu'elle est "officiellement" hantée. Officiellement car apparemment une fois par mois a lieu une sorte de réunion de SOS Fantômes (ah ces Anglais...), et qu'ils ont des appareils pour mesurer le plasma et des trucs comme ça. Plusieurs clients auraient subi (senti, entendu) des trucs étranges dans cette chambre.

Cooool!

Non en fait pas cool du tout, je suis morte de trouille, et les toilettes sont à l'autre bout du 2e couloir.

Cornouailles (3)

Nina et moi on s'ennuie un peu, alors on décide d'explorer la maison (grande, vide, lugubre). Parfait pour un Cluedo et on se demande qui se fera tuer en premier. On en vient à la conclusion que ce sera sûrement elle, car elle est blonde. On monte à l'étage, barré par un panneau "attention, sol glissant", mais on n'est pas dupes, comment une moquette pourrait-elle être glissante en plus? Des grands dortoirs vides, un couloir noir, et là Nina hurle "un fantôme"! et on ne se fait pas prier pour redescendre en hurlant. Michelle ne croit pas aux fantômes, je remonte donc avec elle, et là on allume la lumière et on s'aperçoit que y'a pas de fantôme, on rigole, et la chambre 11 est plutôt cosy, quoiqu'en travaux.
On se remet de nos émotions avec l'un des joints de Nina, et le tabac me fait plus d'effet que l'herbe.
"Hey! A shooting star!"
Shit, j'ai encore tourné la tête de l'autre côté. Erin et Nina font un voeu, et je ne sais même pas à quoi ça ressemble, une étoile filante. Deux chats noirs arrivent, l'un gros et l'autre petit, c'est mignon, ils ronronnent et je me dis que si un fantôme voulait m'attirer dans une maison hantée ça serait le parfait stratagème. On est toutes les trois stoned et on fait gouzi-gouzi au gros chat. Un froid de canard, jamais vu autant d'étoiles. Erine me montre Orion qui ne se limite pas à sa ceinture mais a même un arc et une flèche qu'il tire vers la constellation du Taureau.

On s'entasse dans l'Espace pour aller au pub, Richard n'est pas là pour conduire car il a préféré prendre un hôtel avec sa copine (pourquoi? en tout cas il a payé l'auberge de jeunesse et pas moi donc ça m'arrange). Mon premier fish & chips. Emotion.

L'alerte au feu au milieu de la nuit, tout le monde s'en fout, surtout Nina et Michelle. J'essaie de réveiller Nina "putain qu'ils aillent se faire foutre, moi je reste dans mon lit". Je la laisse cramer et je sors dans le froid. Bien sûr il n'y a pas de feu. Mais l'alerte a été déclenchée dans la chambre 11.

mardi 15 décembre 2009

Cornouailles (2)

Le panneau "Exeter" brille dans l'éclat des phares, et il ne pleut même pas. Nina dort, BBC one résonne en fond sonore, les gens parlent mais je n'entends rien. On arrive en Cornouailles! Ce qui est hautement excitant. Bientôt, on quitte l'autoroute et on s'enfonce dans des petites routes de campagne (des "main roads" quand même, ce qui laisse présager des "secondary roads") bordées par des haies, donc on ne voit rien du paysage. De toute façon, il fait nuit. J'essaie de demander vers quelle village on va, mais personne ne sait. Et puis tout d'un coup, au détour d'un virage, on croise la voiture de Richard sur le bas-côté (sachant que les route sont très étroites, il bloquait un peu la route en quelques sortes), qui semblait attendre (depuis combien de temps?) que l'on arrive, ce qui semble absurde, mais j'ai renoncé à comprendre.

Puis on arrive à Grolant, ce qui me fait automatiquement penser à Groland. On cahute sur une route en terre pendant 3 km, et enfin, l'auberge de jeunesse! Penquite House. Immense, froide, et tenue par un charmant couple, dont la femme est un portrait craché de Moustic (en femme, quand même), et le mari ressemble à un présentateur grolandais. Je suis aux anges, donc. J'essaie d'expliquer à Michelle le concept du Groland, mais c'est difficile.

On a le choix entre la chambre 8 et la chambre 7, je choisis la 8 bien sûr. Le chauffage ne marche pas, il doit faire à peine 10 degrés.

Cornouailles (1)

On a loué une Espace pour aller en Cornouailles. Enfin, je dis "on", mais moi j'ai rien fait, j'ai décidé pour une fois de me dégager de toute responsabilité organisationnelle. Ce qui implique également de s'asseoir à l'arrière, de ne pas savoir où on va, de ne pas avoir de carte, et de ne rien dire quand je sais qu'on s'est trompés de direction. Ca me rappelle agréablement les longs voyages, à l'arrière toujours, dans l'Espace de l'ENS, conduit par Bigclèm dans le Pilat où il faisait un froid de canard, en essayant de suivre Chantal qui roulait à 90 dans les virages de montagne dans le brouillard du petit matin de novembre sur les hauteurs de St-Etienne, pour arriver à l'heure (8h) à l'entretien avec le sous-préfet de Montbrison. Ou bien conduit par Richard pour aller en Corse, avec tous les sacs de couchage qui me tombaient sur la figure et la ceinture qui marchait pas.
Là, c'est avec Nina que je suis à l'arrière, Nina qui a dormi 5h sur les 7h de trajet. Elle a quand même eu le temps de me montrer ce qu'elle avait l'intention de fumer pendant le week-end, provisions amoureusement préparées par son français de copain, et qui me font espérer que ce ne soit pas trop jacquelinesque. Mais je tiens à préciser tout de suite: la Cornouaille a été vachement plus fun que le Pilat (qui rime avec punition).

La voiture fait des embardées de temps en temps et tout le monde rigole, sauf Nina et moi et on espère qu'ont va pas mourir comme des merdes dans une Espace sur une route anglaise. C'est Jennifer qui conduit. Une herbaliste irlandaise à l'humour pince-sans-rire que je ne comprends jamais (cependant, je comprendrais peut-être si j'étais capable d'identifier les mots prononcés). Elle est Lion, elle a essayé les mecs tordus et les mecs normaux, et finalement pense que les mecs normaux sont aussi tordus que les mecs tordus, donc autant pas se fatiguer à essayer de chercher un mec normal. Elle en avait marre d'être herbaliste à Dublin, mais reconnaît que ses collègues médecins savaient faire la fête, même à 60 ans passés. Et qu'il est bien pratique d'avoir une seringue remplie de vitamine B12 pour faciliter la redescente après avoir pris de l'ecstasy. Intéressant, mais je me vois mal me planter une seringue dans la jugulaire, complètement affolée à l'idée d'avoir une crise cardiaque. Je devrais peut-être essayer d'être amie avec elle, mais je crois qu'elle voit que je ne comprend pas ce qu'elle dit, donc ça peut gêner le processus amical. Et puis elle m'aime pas trop.
A l'arrière d'une Espace, on entend rien de ce que les autres disent, on voit rien des directions, on est dans son monde. Je parle donc avec Nina, pour qui les sons ont des couleurs. J'ai une voix argentée tirant vers le rouge, et même si j'aime pas le rouge, elle me dit qu'avoir une voix argentée c'est cool. Bien, le week-end ne s'annonce pas si mal.