samedi 5 mai 2012
Mai 2007
Un soir de mai, il fait chaud, c'est l'anniversaire d'Emilio. Je l'ai vu, il a pris du lsd, il se prend pour une fleur, je m'ennuie, j'ai peur, j'ai pris la mauvaise voie, Eric m'aime trop, je me déteste, j'ai envie de mourir, Claire est bourrée, elle se fait plus ou moins violer dans un fossé, il est 20h et je suis saoule, et le pire c'est que j'aime ça. Il est là, il va venir. Il vient, avec sa copine. Je dois me cacher pour pleurer, et qui me console, c'est Eric, quelle cruauté, quel être immonde je fais, je ne mérite pas son amour. Eric part, Claire a disparu et tout le monde s'en fout, elle ressurgira au petit main avec des griffures partout, "tout va bien", Claire ne va pas bien et tout le monde s'en fout, car c'est Claire. André est là, je suis bourrée, j'ai mon jean blanc, des sandales compensée, mon haut bleu, et j'ai même pas de soutif, je suis une grosse pute et je me dégoûte, mais je suis bourrée donc c'est pas grave. André me parle toute la nuit, je ne comprends rien, ou je ne me souviens de rien, on boit de la cachaça avec du sucre, à même la bouteille, tout ce qu'il dit, c'est que je suis belle, et ça me suffit pour le suivre dans sa chambre. A cinq heures du matin, car il pleut et que je suis belle. Je passe l'agreg mais je m'en fous, ma vie n'a aucun sens mais je m'en fous, il me propose de venir en Tchéquie, et évidemment je dis oui. Il me donne du lsd et évidemment je dis oui.
La première fois à Olomouc, le premier trajet centre-ville/fakultni nemocnice, on traverse l'hôpital, il fait nuit, très sombre, j'ai peur, et s'il me tuait là? "Un petit peu d'urban bohemia", dit-il pour me rassurer. Qu'est-ce que je serais prête à donner pour retourner à Olomouc, cette nuit-là, avec sa main dans la mienne, la veste en jean, et la chaufferie de l'hôpital qui recrache sa fumée blanche dans la nuit d'été?
http://www.youtube.com/watch?v=U0B9myYLySc&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=AO1hGoOefYQ&feature=relatedhttp://www.youtube.com/watch?v=AeAB00szD4E
http://www.youtube.com/watch?v=gZsLP9oNdeo&feature=related
Take me away
An immense tune, comme ils disent, en tout cas une chanson qui m'aura bercée pendant un an, quand ça allait bien quand ça allait mal, et qui encore aujourd'hui peut arriver à me hérisser quelques poils, bien qu'elle appartienne déjà au passé. Sans oublier que le mec de gauche est sacrément mignon. Bon, un soir, il pleut, je suis à Londres, j'ai ma veste violette, et là, je le vois, à l'abribus, une canette de bière à la main, il me sourit, je prends le bus avec lui, il n'y a pas grand monde, il me prend la main, et je ne la lâche plus. Voilà, cette chanson, le mec de gauche, ma vie en Angleterre. Le dance floor, les basses qui font tout vibrer, même les verres sur le comptoir, mon sac à franges sur un sol poisseux, mes baskets à fleurs, les néons dans la figure, la solitude, la peur, et tous ces gens autour de moi qui ressentent la même chose mais ne le savent pas toujours, le froid, l'humidité, la bière, l'accent londonien, et les basses encore, qui tapent, qui nous donnent un rythme sur lequel on peut vivre. Malheureusement, la seule personne qui peut me taker away, c'est moi-même j'en ai peur.
http://www.youtube.com/watch?v=i46IN3h9dHk
Le Monde
Elle est perfectionniste, mal à l'aise dans les relations sociales, très performante sur le plan scolaire et dans l'excès. Elle cherche toujours à être la meilleure, la première de la classe. Elle ne s'aime pas mais a énormément besoin de l'amour des autres, de ses parents, de ses amis et de ses professeurs. L'anorexie est une maladie d'amour.
2009
Une soirée d'hiver, ou d'été, je ne sais plus. Une soirée, comme les autres, on fait le trajet à pied de Fakultni nemocnice jusqu'au centre-ville, sans savoir où aller. Au hasard, ce sera Vertigo. Un bar crasseux qui pue la clope, en entrant on passe devant les toilettes, la porte ne ferme pas, il n'y pas de papier. Ce même bar où lui et ses amis se sont fait casser la gueule par des skinheads, car il leur avait fait un bras d'honneur. Le bar est plutôt vide. Ca doit être l'été, il n'y a personne que nous connaissions. André roule un joint. Un grand écran est déployé, ça doit être un dimanche soir. Ils passent des clips. André, moi, et Radiohead. Je ne sais pas combien de temps ça dure, mais ça me semble une éternité. J'aimerais que ça s'arrête, qu'on reste toute la vie comme ça. Lui, moi, le joint, la chanson, le joint, le clip, moi, lui. Pour une fois, je m'en fiche de puer, je m'en fiche qu'il se foute les doigts dans le nez, je m'en fiche de rien comprendre, mais j'ai envie de mourir ici afin d'y rester pour toujours.
http://www.youtube.com/watch?v=nPX3u0XJzKM
2012
Je vais à la Cantada, un bar gothique près d'Oberkampf. C'est soirée karaoké. Il y a Lella et son pull jaune, comme une bouée de sauvetage, Erwan qui ressemble à mon cousin, et beaucoup de gens chevelus qui crient avec une bière dans chaque main. Et là, la chanson. Je n'entends plus rien, je ne vois plus rien. Et son odeur me submerge, son odeur, l'odeur du bar, l'odeur du joint, l'odeur des toilettes qui ne ferment pas, et je ne peux rien y faire.
Il ne sent rien, il ne sent plus rien. Son cou est là mais il ne sent plus rien. Désormais, ça ne sera plus que dans ma tête.
lundi 20 février 2012
Sweet Child O Mine
Un été anglais qui serait le premier et le dernier. Un été humide et froid, mais à la fois si plein de nostalgie avant d’avoir terminé. Juillet Août 2010. Je n’habite plus au Hood, mais dans cette nouvelle résidence derrière la forêt, donc j’ai oublié le nom. Toute en brique, désertée par les étudiants, je suis heureuse et seule. Je traverse la forêt tous les soirs en revenant de Woolf College. Michelle, parfois, marche avec moi, elle qui habite encore un peu plus à l’ouest, derrière le parking de la pharmacie. La traversée est à la fois douce et lugubre, effrayante, vaguement éclairée par les lampadaires. Il n’y plus aucun undergrad sur le campus, j’écoute encore et toujours les mêmes chansons, ou bien Radio One, en revenant de chez André. Cette fois où on avait trippé dans la forêt, dansé dans le champ. Puis tout s’était fini en demi-teinte, consolée et ramenée par Michelle et Paul. Dont j’apprendrais plus tard, presque par erreur et trop tard, qu’il m’aimait sans me connaître. Avec Paul, on passe par le petit sentier dans le sous-bois, parallèle au chemin principal. Il n’est pas éclairé du tout, il y a des moustiques. Je demande à Paul s’il est un vampire, il laisse planer le doute. Rien que pour cet instant, je retournerais bien à Canterbury. Mais on savait que c’était déjà la fin. Les nuits sont enfin calmes. Je m’allonge dans l’herbe et écoute ma chanson, elle est à peine humide et il fait doux. Je n’arrive plus à savoir si je suis en train de tripper ou pas et j’aime ça. André lit son livre de Yoga, tout seul chez lui. Je repense à l’année qui vient de s’écouler, et je sais qu’ils vont me manquer, tous. C’est l’éternel problème : partir, rester, revenir, partir encore. Tout est nécessaire, excitant et douloureux à la fois. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie.
http://www.youtube.com/watch?v=neDhmV0BZ08
jeudi 16 février 2012
Serre-Chevalier 2
J’y retourne donc cet hiver. Tout me revient en mémoire immédiatement. Je n’ai pas la même chambre, mais le reste n’a pas changé. Les lits trop petits, l’absence de savon, le froid, l’absurdité des échanges forcés entre personnes qui ne se connaissent pas et tentent à la fois de cacher et de partager leur solitude. C’est tout ça que j’aime. Mon vernis bleu offre une ouverture insoupçonnée à tous ceux qui me voient comme une personne disponible. Samuel est magnifique, il ressemble à Benja. Grand, blond, avec de grands yeux bleus et une bonne éducation. Comme Benja, il dégage cette froideur de la timidité qui l’écarte irrémédiablement des autres. Il me colle toute la semaine, et je m’évertue à lui faire comprendre indirectement que je ne suis que moyennement disponible, et encore moins pour lui. Il y a quelque chose de forcé dans son attitude qui me gêne, bien qu’il soit sensible à la musique. Nous chantons ensemble au karaoké. Mercredi soir, des mecs bien comme il faut, des monos je crois, jouent à la guitare et chantent. J’ai juste envie de les regarder. Il essaie de me parler et je n’arrive pas à lui dire de fermer sa gueule. J’abandonne. Vendredi soir, « la soirée de la dernière chance » comme ils l’appellent. La soirée de tous les dangers, celle de tous les Charles-Xavier. Mais je n’ai plus vingt ans, et boire m’apparaît maintenant comme la recherche vaine d’un état que je ne retrouverai jamais. « A quoi bon ». Un mono ivre mort danse avec moi. Il vient de la Haute-Vallée de la Clarée, avec son air de hippie édenté, et même s’il sent le punch, je ne peux pas m’empêcher de l’aimer. Samuel en a marre de mon indifférence et se jette sur ma colocataire, une grande brune belge un peu neuneu mais gentille. J’ai à peine le temps de tourner la tête qu’ils se roulent de grosses pelles baveuses. Je ne comprends pas tout en ayant peur de comprendre. Une fois de plus, la nature humaine, y compris moi-même, me dégoûte.
