jeudi 16 février 2012

Serre-Chevalier 1

Sur un coup de tête, un besoin d’air, un besoin irrépressible de me tourner vers ce que je connais et me rattache au passé. Partons faire du skating, partons à Serre-Chevalier. Cette vallée revient étrangement souvent dans ma vie. Noël 2006, au fond du trou si l’on peut dire, j’y retourne, seule cette fois. Je me rappelle des pommes noisettes, des filles qui ne m’aimaient pas, de mon rôle de fausse allumeuse car c’est le seul qui ne me dégoûte pas. Le froid, le soleil, la douleur qui est aussi ma récompense. Charles-Xavier, ou quelque chose comme ça. Il me drague depuis le premier soir, qui était également le soir de mes 21 ans. Il en reste une vidéo. Et quand je la regarde, je ne peux m’empêcher de penser, comment n’a-t-il pu voir la tristesse dans mes yeux. Je suis la seule fille du groupe, et la photo prise par Yves nous as immortalisés sous un beau soleil, où l’on ne peut pas voir la violence et l’hypocrisie de nos échanges, qui ne m’ont frappée que bien plus tard. Thibault est le plus attachant. Etudiant à l’école des officiers de la marine marchande, au Havre. Qu’est-ce qu’il vient faire du skating à Serre-Chevalier, on se demande. Il a fait le tour du monde sur un méthanier. Je lui demande de me parler du cap de Bonne-Espérance et du détroit de Singapour. « Ce n’est pas un monde facile, quand à 21 ans tu dois avoir sous ta responsabilité une équipe de marins dont l’intérêt ne porte que sur les magazines de cul. Aller aux putes à chaque escale, c’est presque une obligation ». Je ne sais pas si je dois le croire quand il dit ne pas y aller. Il n’a pas d’adresse e-mail et c’est absurde en 2006. Les quatre garçons dorment tous ensemble. Thibault : « ça ne vole pas haut, ils parlent de toi et de branlette ». Le dernier soir, c’est Charles-Xavier qui gagne. Je suis bourrée comme je pouvais l’être à 20 ans, avec insouciance, légèreté et désespoir. C’est déjà la fin de cette vie que j’aimais tant mais qui n’était qu’une euphorie permanente, qui nous a tous laissés sur le carreau. « Le ski alpin », comme dirait Yves. Il insiste pour que je couche avec lui, notre échange se résume à : lui: « allez, sois pas coincée » (et diverses tentatives de ce genre), moi : « non ». Et quand finalement il fourre sa langue dans ma bouche et que je me laisse faire, j’ai envie de mourir.

mardi 14 février 2012

C'est au moment où ne nous aimions plus vraiment justement, où l'on savait que nos vies avaient pris deux directions différentes, que j'ai le plus aimé André. Nous sommes dans la vieille Skoda du grand-père, en route vers l'est. Il s'arrête à la sortie d'Olomouc, sur le bas-côté, sort de la voiture, le moteur tourne, il ouvre ma portière, j'ai peur, il me dit: "Allez, conduis." Pour la première fois, j'entends dans le ton de sa voix la décision que j'ai attendue pendant plusieurs années. Si je n'avais pas aussi peur, j'aurais pleuré. Il fait chaud, nous roulons, il se déshabille, et je pense aux guêpes et à la mort au coin du tournant. He finally manhandled me. Je suis amoureuse. Comme d'habitude il est trop tard.

mardi 10 janvier 2012

Pour ceux qui ne lisent pas, mais qui dévorent

Il y a des gens qui écrivent comme ils mangent. Avec parcimonie et propreté, page après page sans les corner ni les plier. Un petit peu chaque jour, point trop n'en faut. D'autres qui ne résistent pas aux lumières de romans calibrés pour la consommation de masse, au goût suave et sucré vite oublié qui plaira au plus grand nombre. Parfois, ceux-ci s'efforcent de varier leur régime en achetant un livre jugé plus sérieux, qui restera de longs mois sur la table de nuit, inviolé et témoin silencieux de plaisirs moins avouables, tel la conserve de haricots verts cachant à peine le pot de Nutella aux trois-quart terminé. La plupart des lecteurs commencent par l'entrée et finissent par le café. Ils prennent plaisir à progresser peu à peu, sur un chemin plus ou moins délectable, vers l'apothéose et la conclusion du récit. Certains, écoeurés, jettent l'éponge au plat de résistance et choisissent d'écourter une expérience au goût fade ou au contraire trop appuyé qui contrarie leurs papilles expertes. D'autres enfin, les plus indisciplinés, ne peuvent s'empêcher de voir le récit qui s'offre à eux comme un vaste buffet où s'expose un assemblage subtil de mets variés et délectables. Ils ne voient alors plus comment ils pourraient se satisfaire d'un dîner interminable où la surprise est proche de l'ennui, alors qu'ils peuvent picorer un petit four par-ci, un macaron par là, un bout d'intrigue à droite, un dialogue à gauche. La succession attendue et naturelle des pages , n'a que peu d'intérêt aux yeux de ce lecteur gourmand, qui dévore le livre par le milieu en laissant des miettes un peu partout, sans se préoccuper de l'ordre convenu et de l'assemblage des saveurs savamment pensé. Il se fond dans l'intrigue, l'absorbe, l'engloutit dans tous les sens et la réinvente à sa sauce. Une fois repu, sa boulimie satisfaite, il peut revenir sur les quelques miettes et taches de récit laissées ici ou là, par gourmandise ou amour de l'ordre. Ce lecteur-là ne paraît pas des plus exigeants. Cependant, seul un festin subtil de goûts, de formes, de couleurs, de textures, pourra exciter suffisamment son appétit et combler un vide qu'il porte en lui. Un vide d'histoires nouvelles dont il ne se repaît que provisoirement, un vide jamais rassasié. Une faim vitale de connaissances, de perceptions et d'émotions qui le dévore lui-même de l'intérieur mais sans laquelle il ne peut vivre.

mardi 8 novembre 2011

Fall is coming

Assise sur le tapis à regarder un énième de 90' Enquêtes. Mais comment faisait-on sans les chaînes de la TNT? Certes, on avait MTV. A défaut de Dismissed, nous avons donc maintenant une dizaine de reportages sur Paris, les Dangers de la Nuit qui tourne en boucle toute l'année sur TMC et W9. Le lieutenant Robert vient d'envoyer à l'hôpital un jeune ado stupide et dépressif sans rien ressentir, et sa brigade "part faire une pause à Pigalle". Au passage, ils insultent un bus qui ne leur a pas laissé la priorité au carrefour. Puis ils vont patrouiller chez les prostituées ivoiriennes qui fument du crack tout en faisant attention de ne pas se faire mordre l'oreille. J'ai déjà vu ce reportage un bon millier de fois, et pourtant à chaque fois c'est différent. Tous ces mardis ou jeudis soirs passés chez Romain, sur son canapé plein de rognures d'ongle, à vaguement rouler un joint et espérer qu'il se passe quelque chose. Je n'arrive pas à savoir si ça me manque ou pas. Et toutes ces soirées passés allongés par terre, sur la moquette verte, le parquet de Schodova, le lit de Woolf, à regarder des épisodes de Big Bang Theory avec Ondrej (ben oui, l'amour c'est regarder dans la même direction, n'est-ce pas?).
C'est donc l'automne et la période de la nostalgie, où l'on fait les bilans, où l'on ressort le vieux manteau du placard et les citrouilles de derrière les fagots (oui bon, on fait aussi ça au printemps, mais en l'occurrence, là, c'est l'automne). Comme j'aime ce retour de la pluie et du froid qui marque le renouveau! Bientôt, le premier matin où, en partant à l'école (pardon, à la fac), il fera nuit noire et on respirera de la buée. Ca arrive généralement avant le changement à l'heure d'hiver, quand il fait nuit le matin. Pas cette année. Ce n'est pas un signe du réchauffement climatique mais plutôt de mon inaptitude à me lever tôt.
Romain a passé la Toussaint à Sainte-Vaubourg et dit qu'il aimerait y habiter. Ca parait romantique comme idée, à s'occuper des poules, tailler des citrouilles, faire des gâteaux et avoir peur des fantômes. Il faudra aussi qu'il pense à se trouver un métier. Il a pensé à DJ et stripteaseuse. Ca me va. L'automne, c'est aussi la période où Ondrej drague sa belle au bois dormant, une punkette à chien de 19 ans qui, il l'a dit "est encore malléable, elle change", alors que moi, "tu ne changeras déjà plus jamais, Bobanka". Déjà une vieille peau qui regarde la TNT en mâchouillant des croûtes de fromage. Et merde, virée par une jeune malléable.

mercredi 24 août 2011

La Grenouille Cosmique

Les années passent et se ressemblent, après l'hiver australien vient l'été et sa ribambelle de festivals auxquels on n'a jamais le temps d'aller. Cette année, j'ai encore raté le Transylvania Calling, dans la montagne près de Sibiu, en Roumanie. Jindra et sa (nouvelle) copine y sont allés, ils nous racontent tout ça et finalement je ne regrette pas. C'est un peu comme si j'y étais. Les huit heures de train Bucarest-Sibiu, le tracteur payé 100 dollars pour monter les festivaliers et leurs bagages, les Bretons dans des vans déglingués, les deux premiers jours sans scène ni musique mais avec pluie, les spaghettis hors de prix, la douche froide, les chiens, le camping à 2000 mètres d'altitude, les Gitans qui ramassent des myrtilles et conduisent des voitures sans portières. Apparemment, 90% des festivaliers étaient français et allemands et Jindra s'est senti un peu dépaysé.

Pour tout mal il y a un bien, et si je n'ai pu aller à Sibiu, André me propose d'aller au festival de la Grenouille Cosmique, près de Uherské Hradiste. Je ne saurais refuser pareille occasion, et j'espère secrètement qu'il y aura un stand de bramboraky. Luxe suprême, nous irons en voiture, dans la vieille Skoda de son grand-père. Et puisque je suis officiellement désignée apte à conduire, j'aurai même le droit de prendre le volant. Ce que je fais plus que tôt que prévu. A peine sortis de la ville, il s'arrête sur le bas-côté, ouvre la portière: "allez, à toi!". Oh mon dieu, nous sommes trop jeunes pour mourir! (quoique). Heureusement, il a eu la bonne idée de ne pas payer la vignette d'autoroute, donc je n'ai pas à dépasser les 80 km/heure (et de toutes façons le moteur ne semble pas vouloir aller au-delà). Une petite ballade bucolique dans la campagne morave, égayée de demi-tours, coups de klaxons et cueilleurs de prunes arrêtés inopinément au milieu de la route (pour la slivovice), sur des routes soit pavées, soit pleines de trous et bordées d'arbres. Miraculeusement, nous arrivons à la Grenouille Cosmique avant la tombée de la nuit, au fin fond d'une petite vallée où se situe un complexe touristique soviétique et dont l'on pourrait traduire le nom par "le joli petit endroit qui pue". André ne cesse de rencontrer des gens qu'il connaît, et je m'aperçois avec horreur qu'il n'y a ni langos, ni bramborak, ni trdelnik, mais un stand de tofu grillé et de tortillas.
C'est un petit festival qui se divise en deux scènes. L'espace "chill out" se situe dans la baraque principale, où il est écrit "réfectoire". C'est un lieu courant de camps en tous genres et colonies de vacances. Les tables et chaises ont fait place à des tentures fluos pendues au mur et décorées de silhouettes bizarres avec des trompes d'éléphant et beaucoup trop d'yeux. Un salon de thé improvisé sert de l'eau, de la limonade au gingembre et des tee-shirts. La deuxième scène, principale, est beaucoup plus loin, et il faut descendre une petite butte pour y accéder, qui le soir se transforme en patinoire boueuse. Il y a également une piscine vide, que l'orage n'a pas réussi à remplir. La musique n'a pas encore commencé. Une petite buvette improvisée entre deux tentes, surmontée d'un écriteau "Bar", sert également du thé ayurvédique. Nous nous y reposons un peu. Un jeune homme arrive et demande ce que l'on y sert. La responsable s'enquiert de lui répondre toutes sortes de thés possibles. "Non, mais je veux dire, t'as quoi comme trips?" Ce n'est pas non plus un problème, il suffit de demander: acid, mdma, DMT, 2CB, 2CI. Ca fait beaucoup de psychédéliques pour un endroit où l'on est censé danser.

Je ne me sens pas très bien. Tout nouvel endroit nécessite un temps d'adaptation, et j'ai peur de trouver le week-end bien long, donc je décide de prendre un peu de mdma, ce qui s'est avéré être plutôt une mauvaise idée. A Ozora, deux ans plus tôt, je m'étais bien amusée une semaine sans une once de drogue ni d'alcool, alors pourquoi changer une recette qui gagne? Le mieux est l'ennemi du bien. Quelques heures plus tard, je suis malade, et je pense avec horreur aux inévitables Toi-Toi après une journée en plein soleil. Une fois de plus, tout mal a un bien. Un peu plus haut, j'aperçois les lumières d'un bloc sanitaire, qui brillent comme un phare dans ma nuit tourmentée. Les portes ne ferment pas, et je n'ai pas été le seul être vivant attiré par les lumières en pleine nuit, mais qu'importe, un peu de luxe ne fait pas de mal. Je me rattraperai demain.

Joies du camping, après une nuit passée à avoir froid, nous sommes réveillés au matin par un soleil brûlant. Le jour s'écoule tranquillement, animé par une recherche vaine de fromage frit à la brasserie du complexe touristique. Sur le chemin du retour, au détour d'un sentier qui, à défaut d'être un raccourci, s'est révélé être un champ d'orties, nous découvrons un autre type de festival: un rassemblement de tuning. Je suis aux anges. Des Skoda, Trabant, et même une Seat Ibiza, avec des moteurs chromés et des sièges en peau de panthère. Des enceintes puissantes d'où s'échappe la voix mélodieuse d'Inna. Mais où étais-je donc hier soir? Nous arrivons au moment de l'attraction principale, deux filles peu vêtues lavent une voiture avec des éponges sous les yeux curieux ou indifférents de la jeunesse. A coté, la même piscine qu'à notre festival, remplie d'une eau verdâtre et tiède, dans laquelle personne ne se baigne.

Le deuxième soir s'avère prometteur. Par désir de ne pas rester sur le carreau, je décide de tester cette poudre appelée 2CI, censée me donner envie de danser tout en procurant des hallucinations. Parfait. Ca m'a effectivement donné envie de danser, sauf que je ne pouvais plus bouger, mon corps pesant trois tonnes, et affublée d'un terrible mal de ventre. Bien dommage que l'incomfort physique m'empêche de profiter de la musique et de ces magnifiques jeux de lumières dans le ciel, et de ces beaux dessins dans le sol. Je réalise après quelques minutes que je suis peut-être finalement en train d'halluciner. André n'a pas l'air très bien non plus, mais comme il ne danse jamais, on ne voit pas trop la différence. La musique paraît venir de plusieurs endroits à la fois, de plusieurs univers différents, et je dois me concentrer pour réaliser qu'elle vient d'un seul et même DJ. C'est magique. On va faire un tour dehors, en marchant tout doucement et en rigolant de choses sans importance. Tout le monde a l'air un peu à l'ouest et personne ne nous prête attention. Une amie d'André surgit de nulle part dans la nuit en dansant, avec ses cheveux rouges. Ils se parlent trente secondes, mais elle ne tient plus "désolée, mais quand j'entends ça, je dois aller danser!" Et elle se dirige vers un feu de camp au son des tams-tams. Elle n'a rien pris, ça me rapelle Ozora. Nous retournons à l'espace chill-out, qui est déjà bien rapide à notre goût un peu distordu. Je me sens vraiment pas bien, comme la soirée dernière, mais sentant que je ne peux pas vraiment contrôler mon corps, vouloir vomir me semble inutile. J'ai l'impression que des insectes me piquent partout et pense à Fergie des Black Eyed Peas qui prenait du crystal meth et raconta la même sensation dans une interview. Ah zut. Je vais mettre un pantalon, puis je décide d'aller m'allonger. Il n'y a plus de place sur les coussins de l'espace chill-out, où sont étendus tous ceux qui n'ont pas retrouvé leur tente. Je compte les heures en attendant que les effets de la drogue se dissipent et que je puisse enfin me sentir un peu mieux et essayer de dormir. André fait de même. Vers cinq heures, le soleil se lève, moi aussi, sous les exclamations. De jour, tout est plus facile.

Le lendemain matin, je me dirige vers le stand de nourriture, à la recherche de toasts, de fromage frit, ou même de tofu grillé, mais ils n'ont plus rien à part de la truite et de la slivovice. Je me sens presque tchèque, jusqu'à ce que le serveur me demande en anglais si je suis polonaise. Je me contente de sourire en découpant la truite.

mercredi 6 juillet 2011

Heartbreak High

Vous vous demandez peut-être pourquoi je n’ai pas encore parlé de la raison pour laquelle je suis en Australie. Oui c’est curieux, penserez-vous, elle a tout pour être heureuse en France, et elle s’en va à l’autre bout du monde en plein hiver. Certains, plus au courant que d’autres, feront le lien entre ce voyage et mon sujet de thèse. Mais d’autres, encore plus perspicaces, savent déjà.

Derrière tout long voyage se cache une histoire d’amour. Enfin, pour moi, souvent en tout cas. Et l’Australie n’échappe pas à cette règle.

Il avait des cheveux noirs, un air taquin et un piercing à l’arcade. C’était un dieu du roller. Il venait d’une contrée chaude et exotique. Je veux parler bien évidemment de Drazic, le Drazic de Hartley Cœurs à Vif. Située dans une banlieue imaginaire de Sidney, cette série résume à elle tout ma vie entre, disons 1997 et 1999. Il y a eu sept saisons, mais pouvez-vous le croire : Drazic et Anita ne sont arrivés qu’à la cinquième saison ! Et pourtant, on ne souvient que d’eux. Enfin non, je mens une fois de plus. On se souvient de Mai la chinoise trop conne, Charlie, le gentil moche mais censé être pas mal quand même, Mélanie, la gothique trop laide qui part en Tasmanie, et la directrice frustrée. Mais pourquoi se souvient-on de la série ? Sûrement pas à cause de ces losers. Non, ce sont Anita et Drazic, deux êtres sublimes, qui ont imprégné mon cerveau juvénile de leur amour passionnel et cool. Anita, tes longs cheveux blonds et tes cols roulés bleu ciels, c’est toi que je retrouve quand Martina m’offre du strudel. Drazic, avec ta moue boudeuse et tes cheveux crépus, c’est toi que j’aime quand Markus porte ses piercings, quand Rob fait du skate, quand Romain fait la gueule. Un amour impossible et éternel, que je cherche désespérément à vivre dans mes aventures sans lendemain (oui la fiction dépasse parfois la réalité). Un amour éternel car les acteurs sont bel et biens sortis ensemble pendant des années. Mais un amour impossible, car ils sont tous les deux Poissons. Un dilemme digne d’une tragédie grecque !

Donc apprenant que Drazic a rompu avec Anita, et passant outre le fait qu’il soit désormais marié à Rachel (c’est qui celle-là ? pff), je suis partie en Australie à sa recherche. Ce n’est qu’il y a quelques heures que j’ai appris la terrible nouvelle. Drazic a été victime d’un accident de la route en 2004 et son visage a été entièrement refait à partir de plaques de fer. Une information non relayée par Le Parisien, qui décidemment n’est plus ce qu’il était. Il ne porte donc plus son piercing à l’arcade ! Enfer, mais quel est le but de ma vie maintenant ? Il est peut-être plus sage de le laisser dans les griffes de cette Rachel finalement. Et de toute façon je me suis trompée, je suis à Adelaïde et pas à Sidney. Heureusement, le hasard fait bien les choses, car, à peine mon cœur ayant-il mis Drazic de côté, j’ai fait la connaissance de Duncan et du Cycliste.

mardi 28 juin 2011

Couch Surfing part 2

Je ne connais personne à Adelaïde, et si vous avez lu la plupart de mes messages, vous avez compris que j’ai du mal à me faire des amis. C’est donc tout naturellement qu’au lieu de rentrer seule dans un pub, j’ai décidé de trouver des amis via internet. Il y a un pub en bas de chez moi, The British, established since 1832. Ca doit donc en faire un des bâtiments les plus anciens de la ville. A chaque fois que je passe devant, je pense à Michelle, qui allait tous les soirs au Dog, à un quart d’heure du campus vers le nord à Canterbury. Pas seulement pour draguer le serveur, mais parce qu’elle s’y sentait bien, à parler aux vieux messieurs et à caresser les chiens. Je n’ai pas son courage. Et elle dit ne pas avoir le mien de rencontrer des inconnus par le web. Une différence générationnelle peut-être. Je lance donc des bouteilles à la mer sur couchsurfing.org, non je ne cherche pas un canapé mais quelqu’un à qui parler. Kyle me répond, il a des dreads, il est canadien, et sur sa photo il fait du canoë. De toute façon, j’ai pas trop trié dans les options. Il me demande si je veux venir prendre le thé chez lui et si je suis végétarienne (un peu déconcertant, tea veut dire dîner en Australie comme c’est le cas à York ? et qu’en est-il au Canada ?). Et puis finalement il m’appelle. « Eh si tu veux, je dois raccompagner un ami dans les collines, alors on peut t’emmener voir le Mount Lofty si tu veux ». J’ai pas trop compris, je me rappelle vaguement avoir passé deux jours à lire des histoires de serial killers sur wikipédia avant mon départ, mais comme j’ai très envie de voir le Mount Lofty et qui ne tente rien n’a rien, je dis ok. Kyle et son ami aux cheveux teints en noir arrivent dans un vieux pick-up pourri me ramasser devant le zoo. Ils ont l’air sympa, donc je me méfie. Ils essaient de faire la conversation, mais c’est dur avec le bruit du moteur. Apparemment, ils habitaient le mois dernier dans un cottage dans les Adelaide Hills, où ils ont hébergé 25 couchsurfers dont 22 Français. Pas de bol, je pense, mais ça n’a pas eu l’air de les déranger, car ils ont tous sans exception proposé de faire des crêpes. De crêpes on parle de champignons (quoi mettre dedans), puis à mon sujet de master de l’année dernière, puis aux magic mushrooms, tout ça en vingt secondes à peu près. Pourtant j’ai franchement pas la tête de l’emploi. Gentiment, Kyle prend la scenic road pour grimper, et je me demande sérieusement si, plutôt que de me retrouver coupée en morceaux sous une pierre, le shérif ne va pas nous retrouver carbonisés au fond d’un ravin. Kyle tourne la tête pour nous montrer la vue, et à chaque fois le pick-up fait un écart. Alors je pense à ma mère et j’ai pas envie de mourir.

On arrive dans une petite maison d’où sort de la fumée de cheminée. Une petite dame avec des très gros seins nous accueille et nous sert du thé. Elle vient de passer six semaines en France et a proposé à trois jeunes à dreadlocks et cheveux teints en noir de housesitter sa maison. Kyle et ses amis ont donc nourri le chien et les poulets pendant six semaines, et la dame a l’air contente. « She is quite spiritual » me confie Kyle.

Nous laissons l’ami aux cheveux noirs quelque part près d’une autoroute et rentrons chez Kyle pour prendre le fameux tea et regarder un film. Il est très taciturne et j’espère ne pas le déranger, mais après tout c’est lui qui m’a proposée de venir. Il me demande si j’ai un copain, comme le moniteur d’auto-école, et ça me met un peu mal à l’aise. Arrivés chez lui, je lui cuisine donc un curry thaï pas bon avec du lait de coco périmé (il se nourrit avec les produits trouvés dans les poubelles du supermarché), puis on regarde un film de merde sur mon ordinateur. Maintenant, il house-sit la maison d’un couple homo, qui se sont mis en photo sur tous les murs, dans une banlieue d’Adelaïde qui s’appelle Prospect. Il me montre comment il a construit un didgeridoo avec un tube en plastique, et étonnamment ça marche. Puis comme il ne dit rien et moi non plus, et qu’en fait il fait tout noir, je lui demande de me raccompagner chez moi en voiture, ce qu’il accepte sans problème. Il me dépose à Melbourne street, et l’on se dit poliment qu’on s’appellera pour prendre un verre. Ce matin, je ne savais pas ce qu’il pensait de moi, alors je lui ai laissé une bonne review sur le site de couchsurfing, mais il n’a pas fait de même. C’est marrant, on dirait du blind dating. Peut-être que mon curry n’était vraiment pas bon.